Le jpeg détruit-il les images ?

Jeudi 19 février 2009 • ,

Le format de diffusion par internet des images, pour les photographies en tous cas, est de nos jours sans conteste le format JPEG. Introduit il y a belle lurette, il permet grâce à des opérations « complexes » de réduire drastiquement la taille du fichier d’image, en se permettant de la déteriorer un peu au passage.

Pour préciser un peu, la compression Jpeg consiste à traiter l’image par bloc de 8×8 pixels, sur lesquels les contrastes forts sont réduits, plus ou moins selon le taux de compression, par des transformées de fourrier. Pour de plus amples informations, je vous renvoie par exemple ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Norme_JPEG.

Du coup, en enregistrant une image dans ce format, on se trouve face à un dilemme : conserver du détail dans l’image (et obtenir un fichier de grande taille), ou obtenir un fichier de petite taille (et perdre des détails). Cela fait d’autant plus peur aux photographes, qui mettent des centaines voir des milliers d’euros dans leur objectifs afin d’avoir un contraste et une définition parfaite sur leurs image. À quoi bon, si c’est pour tout « gommer » lors de l’enregistrement en JPEG au final ?

Dans les cas extrêmes, la perte de détails peut être catastrophique. Mais dans de nombreux cas, la dégradation est très raisonnable, et souvent imperceptible sans agrandir l’image ou coller son nez sur l’écran. Pourtant, le mythe du « mon image a perdu tout son piqué à cause du (méchant) jpeg » est encore très encré dans les croyances collectives des forums et autre communautés internet.

L'apparition de blocs de 8x8 pixels provient de la compression JPEG excessive, qui pour atteindre la taille de 6Ko sur cette image a du sacrifier énormément de détails.

L'apparition de blocs de 8x8 pixels provient de la compression JPEG excessive, qui pour atteindre la taille de 6Ko sur cette image a du sacrifier énormément de détails.

On peut émettre l’hypothèse que  cela provient de ces temps reculés ou, à l’aide d’un modem 56K (aujourd’hui l’ADSL fait au moins 8000K, tout de même), charger une image de plus de 10 Ko prenait beaucoup de temps. Pour éviter des temps de chargement trop longs, on choisissait alors de dégrader l’image jusqu’à ce qu’elle ait une taille raisonnable pour l’époque. Elle était alors effectivement hideuse, car énormément compressée. Mais qu’en est-il aujourd’hui, ou la moindre image de 500 pixels de haut sur un forum fait facilement 120 Ko ?

Je vous propose ci dessous une série de plusieurs images, à des taux de compression différents. L’une n’est pas compressée (format PNG 24 bits, donc compressée sans pertes). Les autres sont compressées en JPEG, avec différents niveaux de compression. (images enregistrées via Adobe Photoshop CS3 > Save for Web). A votre avis, quelle image correspond à quelle compression simplement en regardant lesdites images ?

Image A

Image A

Image B

Image B

Image C

Image C

Image D

Image D

Certes, ce test n’est pas parfait, mais sincèrement, pensez-vous toujours que le JPEG est responsable de tous les torts dont on l’affuble tant de forums ?

4 Responses to “Le jpeg détruit-il les images ?”

  1. Dolphin dit :

    CQFD ! Comme on dit dans les chaumières :p

  2. NightAngel dit :

    Selon moi c’est l’image B qui possède la meilleure qualité bien qu’elle soit relativement proche de l’image C, je dois bien le reconnaître. Comme cela est suggéré dans le billet, la différence sera beaucoup plus flagrante si on réalise un recadrage à 100% de la photo. Il est évident que plus on réduit la taille de l’image et plus il sera difficile de se rendre compte des différences entre une photo plus ou moins compressée. Néanmoins le format RAW conserve tout son intérêt lors du post-traitement. De plus tous les appareils photos capturent en RAW et font (généralement d’office pour les compacts et si on le souhaite pour les reflex) la compression en JPG. Les appareils n’ayant pas les capacités d’un ordinateur à part entière, la compression JPG « boîtier » est généralement moins bonne qu’un RAW compressé JPG depuis un ordinateur -> les algorithmes de conversions intégrés aux boîtiers étant allégés. Le format RAW reste également intéressant dans la mesure où les logiciels de « derawtisation » sont de plus en plus performants et précis au fil des années (le logiciel « DxO » n’existe par exemple pas depuis les débuts du RAW). Je pense que, pour un usage pro (et non web), le RAW n’est pas mort, loin de là. Il faudrait tendre vers une ouverture de ce format afin de le rendre mon « propriétaire » ; c’est par ailleurs ce qu’a essayé de faire OpenRAW et Adobe avec son format .dng. Si cet objectif est atteint alors il y aura probablement moins d’interrogations quant à la pérennité d’un tel format. Article très intéressant !

    • meline dit :

      Finement observé, la B est le PNG et la C est le jpeg 100%. Les différences sont minimes, sauf pour la taille du fichier, qui pèse de l’ordre de 60Ko pour le jpeg, et 150 pour le png.

      Les images que je montre là sont toutes issues d’un RAW, post-traité en 16 bits et tutti quanti, redimensionnées en 450 pixels de haut et seulement après enregistrées en JPEG.

      Concernant ta remarque sur le RAW pour le post-traitement, tu as à 110% raison. Le jpeg est uniquement là pour produire les fichiers « finaux », le plus souvent ceux qu’on va envoyer sur un forum ou sur un book. Il est évident que la prise de vue continue de se faire en RAW pour des raisons qui dépassent de loin le propos de mon article ci. Le seul but de cet article était de montrer, images à l’appui, que ce qu’on lit souvent sur de nombreux forums (« l’image n’est pas nette, c’est à cause du jpeg ») est un non-sens, sauf à compresser son image « à mort » auquel cas il suffit de mieux paramétrer son enregistrement.

  3. Alex W. dit :

    Je viens de découvrir ton site et ton blog qui sont de très bonnes qualité et très intéressant.

    Je suis contant de voir que je ne me suis pas tromper pour repérer l’image non compressée (photo B), mais c’est vrai que vue la résolution des photos ce n’est pas très flagrant. On remarque surtout une dégradation dans les dégradé de gris autour du modèle sur les images jpg.
    Chaque format à son intérêt. Raw à la prise de vue, TIFF pour la conservation de la haute qualité (essentiellement pour l’impression), PNG pour les images de qualité sur internet et JPEG pour la compression.
    Le choix du format doit également se faire en fonction du destinataire de la commande (je suis graphiste et photographe), et malheureusement même quand l’on fournit des images de qualité on les retrouve régulièrement dégradées par des clients peu connaisseur en compression et formats d’images.

    Bonne continuation dans la photo. Je reviendrait régulièrement pour voir tes photos et ton blog.

Laisser un commentaire

Spam protection by WP Captcha-Free